Edito 1

“Faut-il apprendre à lire à ses apprenants en classe de français langue étrangère?”

Ce que nous entendons par “lire” ici n’est pas ce que d’autres appellent “compréhension écrite”. Il s’agit du “savoir lire à voix haute”. Sur cette question, les avis semblent partagés: d’aucuns disent que “faire lire est une perte de temps”, d’autres que “le savoir lire à voix haute est essentiel”.
S’il ne fait aucun doute que l’on apprend à lire en lisant, il apparaît aussi que ce savoir-faire passe par des savoirs et savoir-faire antérieurs (savoir lire dans une autre langue, connaissance d’un alphabet, connaissance de règles d’articulation (comment produire tel ou tel son) et de prononciation (correspondance entre graphème et sons) etc.) . Ainsi, en didactique des langues étrangères, les enseignants se retrouvent dans une situation différente, parfois inverse, de celle des enseignants en langue maternelle. Il ne s’agit souvent pas, comme pour ces derniers, de transférer de l’oral à l’écrit, mais de faire entendre pour la première fois l’enveloppe sonore d’un mot de la langue cible, écrit au moyen de graphèmes préalablement connus, ou de modifier cette enveloppe sonore lorsque le mot écrit est déjà présent dans le répertoire langagier de l’apprenant. Il s’agit donc pour l’enseignant de langues étrangères de faire naître dans le répertoire langagier de ses apprenants de nouvelles formes verbales et musicales. Mentionnons enfin qu’au delà d’un apprentissage ou d’une relecture de graphèmes, et au delà de la réalisation de nouveaux phonèmes et de l’apprentissage de leurs enchaînements, lire à voix haute, c’est plus globalement entrer dans le genre discursif de la lecture avec ses spécificités phonétiques, prosodiques (accentuation, rythme, intonation), gestuelles etc.

MD, A-SV, JB, PM