Aux origines du Labo

Le Laboratoire d’idées FPLC a été fondé dans la soirée du vendredi 27 février 2015 sur la terrasse de Somerset House, à Londres.

Ce n’est sans doute pas un hasard si Londres a été le lieu d’émergence de cette initiative de formation continue. Les enseignants de langues y ressentent, sans doute plus qu’ailleurs, le besoin de se retrouver, de partager leurs expériences de vie et de terrain, et de se former. 

Cela tient à l’environnement socio-économique dans lequel ils exercent leur métier marqué tout d’abord par la précarité de l’emploi: les contrats (part-time, fixed-term, free-lance) les contraignent à une grande mobilité, les obligeant à travailler pour plusieurs établissements à la fois– qui ne leur garantissent pas la sécurité de l’emploi – afin de cumuler un revenu mensuel décent. Le morcellement de leurs emplois du temps entre différents établissements (2 heures ici, 4 heures là) a pour effet de limiter leurs possibilités de rencontres et de collaborations, et d’entraver la dynamique collégiale des universités. Aussi incombe-t-il à l’enseignant de langues londonien de répondre seul aux exigences multiples et diverses de ses employeurs, et d’accroître à l’extrême sa flexibilité pédagogique, qui passe par le développement de ses compétences en matière d’élaboration didactique, d’enseignement et d’évaluation quel que soit le public d’apprenants (plus ou moins jeunes, plus ou moins spécialisés, et compte tenu de leurs cultures éducatives et linguistiques), quels que soient le contexte (Français de spécialité, FLP etc.), et enfin quels que soient les objectifs (FLE, FOS, FOU etc.) et niveaux de référence à atteindre. C’est ainsi que dans un environnement de travail plurilingue et pluriculturel, à la fois exigeant et stimulant, les enseignants de langues londoniens sont sans cesse poussés à développer leur expertise.

Cet environnement socio-économique est ensuite soumis à une logique concurrentielle, où les exigences de productivité et de rentabilité ont transformé l’enseignement supérieur en marché, les universités en entreprises, les étudiants en clients, les enseignants en techniciens et les programmes pédagogiques en produits. Inutile de dire ce que ce changement de paradigme a de déclassant. Par ailleurs, l’augmentation des frais d’inscription, multipliés par trois depuis 2006 (ils étaient de £1000 en 1998, ils sont passés à £3000 en 2006, puis à £9000 en 2012), a porté atteinte à la relation enseignants-étudiants. Il est en effet de tradition, dans les universités anglaises, que les enseignants (sous contrats part-time ou full-time) remplissent une mission appelée “pastoral care” consistant à veiller au bien-être psychologique des étudiants, et à les accompagner dans leur développement personnel. Or, le coût particulièrement élevé des frais d’inscription a parfois l’effet pernicieux de faire croire aux étudiants qu’ils peuvent exiger davantage des enseignants et de l’administration universitaire. Aussi, pour rentabiliser leurs investissements, hésitent-ils moins qu’avant à faire pression tant sur les uns que sur les autres pour maximiser leurs résultats. De même, pour se prémunir contre les mécontentements estudiantins, les administrations n’hésitent pas à “s’ingérer” dans le travail d’évaluation des enseignants, ce qui en plus d’être un vecteur de stress, porte préjudice à leur rôle et à leur profession.

Cette dévalorisation de leur statut et de leur métier justifie, sans doute, qu’ils se voient de plus en plus souvent assigner des tâches extracurriculaires et de surcroît non rémunérées, qui ajoutées à une charge de travail déjà conséquente, contribuent à réduire comme peau de chagrin le temps qu’ils aimeraient consacrer à leur développement personnel. Notons que le droit au développement personnel des enseignants est une obligation que doivent remplir les institutions académiques et elles s’y soumettent en conséquence. Cependant, étant donné leurs conditions de travail, les enseignants de langues n’ont pas toujours ni la possibilité ni le temps d’assister aux séances de formation programmées par les institutions; en outre, compte tenu de la diversité de leurs emplois du temps, ces séances sont souvent fixées arbitrairement et conçues sans enquêtes préalables relatives à leurs besoins de formation. En conséquence, elles sont plus souvent prétextes à cocher la case du devoir accompli, que dévolues au bien-être et à l’épanouissement des enseignants de langues.

Ainsi, dans un contexte de crise profonde du travail, de dévalorisation du métier d’enseignant de langues et de reconfiguration des activités de formation, le Laboratoire d’idées FPLC a été conçu pour

  • offrir aux professionnels de l’éducation aux langues un espace dynamique où se rencontrer, partager partager et valoriser leurs savoirs/ressources/informations/projets
  • proposer une alternative socio-pédagogique: la co-formation par le dialogue et l’accompagnement vers l’auto-formation, qui permette aux enseignants de langues de développer leurs compétences et leur réflexivité vis à vis de leurs pratiques en vue notamment de mettre en oeuvre des approches plurilingues.

Par ailleurs, étant donné l’impératif de mobilité qui touche la plupart des enseignants de langues étrangères partout dans le monde, il apparaîtrait judicieux de disposer d’un ensemble de laboratoires-d’idées répartis un peu partout en Europe, indépendants, mais connectés entre eux. Cela permettrait de faciliter d’une part la circulation des enseignants de langues, et d’autre part la circulation des savoirs, savoir-faire, savoir-apprendre, savoir être, savoir-chercher, c’est à dire le développement tant personnel que professionnel de ces derniers. Aussi Le laboratoire d’idées FPLC s’est-il donné pour mission d’impulser et de développer la construction d’un réseau professionnel au moins européen.

Le comité fondateur.